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Avec La Maison de l’Imagination Collective, Globe Aroma construit un lieu permanent où des organisations, des artistes et des personnes en exil se rencontrent, collaborent et créent. Par un processus de conception collectif, nous donnons forme à cette infrastructure pour qu’elle soit partagée, accessible et utilisable. En même temps, la maison montre comment une ville comme Bruxelles peut créer des lieux d’accueil à petite échelle où l’art, l’éducation, le soutien juridique, le bien-être, le travail et le logement ne coexistent pas simplement, mais se renforcent mutuellement.

Une petite histoire de briques

Depuis sa fondation, Globe Aroma a trouvé refuge à deux endroits dans la ville. Ce qui a commencé en 2002 sur le site Sint-Joris s’est développé en 2015 en une activité dans un bâtiment loué rue du Mout : un entrepôt industriel de 1000 m². Globe Aroma a transformé cet entrepôt en espaces d’atelier, une salle de répétition, une cuisine ouverte, une cour intérieure et d’autres espaces de rencontre.

En 2020, le propriétaire a décidé de vendre le bâtiment rue du Mout. Cela a marqué le début d’un parcours de plusieurs années pour réfléchir et sécuriser l’avenir infrastructurel de Globe Aroma, à contre-courant de la pression généralisée de la logique de marché et de la gentrification.

En mars 2021, une collaboration a été lancée avec le collectif de recherche WA, affilié au Département d’Architecture de la KU Leuven. En collaboration avec l’équipe de WA, les besoins infrastructurels de Globe Aroma ont été cartographiés et des scénarios à court et long terme ont été explorés. Ceux-ci partaient toujours du principe de partager l’espace avec d’autres organisations qui, tout comme Globe Aroma, peinent à accéder à une infrastructure abordable dans la ville.

Le bâtiment rue du Mout s’est avéré parfaitement adapté aux besoins de l’organisation. Après quatre ans de négociations avec le propriétaire, d’inspiration et de conviction des partenaires et des pouvoirs publics, Globe Aroma est officiellement devenu propriétaire du bâtiment le 19 mars 2025. C’est une étape importante vers un lieu permanent, accessible et à faible seuil : la Maison de l’Imagination Collective devient et reste un ancrage dans la vie culturelle et sociale bruxelloise.

Partager l’espace

Au cœur de Bruxelles, caché derrière les façades de la rue du Mout, se trouve un lieu de travail artistique où se rencontrent artistes, amateurs d’art et organisations. Globe Aroma part du constat que de nombreuses personnes ayant un statut de séjour précaire rencontrent des obstacles spécifiques dans l’accès au secteur artistique et dans le développement de leur pratique. De cette réalité partagée naît le souhait de partager l’espace avec des initiatives de divers secteurs, afin d’abaisser les seuils et de permettre à différentes formes de soutien et de pratique de se renforcer mutuellement. La pratique de Globe Aroma en matière de partage d’espace est en plein développement : c’est une façon de connecter infrastructure, savoirs et présence dans la ville.

Ce rassemblement de différents partenaires et initiatives ne va pas de soi. Différentes pratiques apportent chacune leurs propres rythmes, besoins et façons de travailler. Cela demande une concertation et une attention constantes pour ne pas lisser ces différences. Tout ne peut pas coexister en même temps ou ensemble, faire des choix en fait inévitablement partie. C’est pourquoi la maison n’est pas un modèle figé, mais un lieu qui reste en mouvement, dépendant de la capacité des personnes, porté par la vigilance, le soin et la capacité de se réinventer sans cesse.

La Maison de l’Imagination Collective

La Maison de l’Imagination Collective part d’une question : comment créer des lieux où les personnes n’ont pas à aller de guichet en guichet, mais peuvent arriver, travailler et rencontrer d’autres en un seul endroit ? Un lieu où l’arrivée et la migration ne se fragmentent pas entre différents services, mais se rejoignent en un espace partagé ?

Aujourd’hui, les personnes doivent naviguer dans un paysage fragmenté d’accueil, d’administration, de bien-être, d’éducation et de culture. Ces mondes coexistent, chacun avec sa propre logique, ses seuils et ses rythmes. Globe Aroma part d’un autre postulat : et si ces domaines se réunissaient en un seul lieu ?

La Maison de l’Imagination Collective veut être un lieu partagé à petite échelle, où des organisations, des artistes et diverses pratiques urbaines se rencontrent, collaborent et créent. Dans cette infrastructure partagée, nous essayons de ne pas organiser séparément les activités artistiques, sociales et éducatives, mais de les tisser ensemble. La maison rassemble notamment des espaces de travail, des ateliers, des salles de répétition, une cuisine ouverte et des espaces de rencontre.

La Maison de l’Imagination Collective est bien plus qu’un simple bâtiment en briques. C’est un lieu où nous explorons comment l’accueil et l’hospitalité peuvent fonctionner comme une responsabilité collective, et comment les espaces ne sont pas seulement utilisés, mais peuvent aussi façonner des relations, du soin, de l’accès et de la communauté. Là où les personnes en exil sont généralement accueillies dans de grandes infrastructures souvent inadaptées, Globe Aroma cherche à créer une infrastructure d’accueil affective, partant de la conviction que les espaces peuvent contribuer à la connexion et à la formation de communautés, et que le savoir nécessaire pour bien concevoir et construire ces espaces est réparti parmi une diversité de personnes.

Une rénovation tournée vers l’avenir

Des subventions flamandes, régionales et locales ont permis à Globe Aroma d’effectuer un certain nombre de rénovations urgentes (pour qu’il ne pleuve plus à l’intérieur, pour pouvoir bien chauffer et ventiler l’espace, ou pour que les personnes à mobilité réduite puissent être bien accueillies). Il est apparu en même temps qu’il était nécessaire d’élaborer un plan spatial d’avenir plus large.

Dans l’appel ouvert que nous avons diffusé en 2023 via les Maîtres Architectes flamand et bruxellois, nous avons demandé à des architectes de développer un plan d’avenir via un processus de co-création. Pour Globe Aroma, la co-création n’est pas une méthode en soi, mais une façon de construire ensemble un lieu et d’en faire partie simultanément ; et ainsi d’expérimenter comment le vivre-ensemble peut aussi s’organiser autrement.

Avec le soutien des Maîtres Architectes flamand et bruxellois, Globe Aroma a désigné l’équipe de conception New South + Karel Bruyland pour développer, en co-création avec les utilisateurs de l’espace, le collectif de recherche WA (KU Leuven) et l’équipe de Globe Aroma, un plan spatial d’avenir partagé.

Imaginer ensemble

Par un processus de conception collectif, le bâtiment est adapté étape par étape aux besoins et aux univers de vie du plus grand nombre d’utilisateurs possible. Ainsi, la maison n’est pas seulement partagée dans son usage, mais aussi dans son imagination et sa forme.

Une approche a été développée dans laquelle les utilisateurs sont impliqués dans la reconfiguration et la conception des espaces. Concrètement, des éléments du quotidien comme une porte, des toilettes ou une cuisine sont utilisés comme point de départ pour des conversations sur la façon dont nous utilisons et vivons les espaces. Ainsi, avec une porte, il ne s’agit pas seulement de la couleur et de la forme, mais de la question : « Quand est-ce que je me sens invité·e à entrer ? » Ou avec la cuisine : « À quoi ressemble une cuisine qui stimule la propriété partagée et la communauté ? »

Pour chaque espace du bâtiment, un parcours créatif est lancé qui rend discutables les thèmes sous-jacents, comme l’hospitalité, la vie privée, le genre ou l’hygiène, et qui crée de l’espace pour l’imagination. Cela se fait via des sorties, des projections de films, des groupes de lecture, des collaborations artistiques et de nombreuses conversations informelles.

Ensuite viennent des ateliers de co-design dans lesquels les insights partagés sont traduits en conceptions concrètes.

Qu’est-ce qu’une porte ?

Le premier parcours de conception collectif What’s a door? est parti du constat que les portes symbolisent l’accessibilité dans les espaces culturels. Nous avons exploré quelles portes invitent ou au contraire excluent, et nous avons documenté cela via des promenades photographiques le long de maisons culturelles bruxelloises comme le Beursschouwburg et le Théâtre National. Nous avons recueilli des expériences et des images. Dans une expo photo au Kaaitheater, toutes les portes ont été comparées et nous avons organisé ensuite plusieurs moments de réflexion collective sur l’accessibilité physique et mentale. Lors de deux sessions de conception auxquelles ont participé une cinquantaine de personnes, la porte du futur a lentement pris forme. Une équipe de co-design composée de 6 personnes a ensuite été constituée pour développer un design final. En collaboration avec l’atelier de métal de Zinneke, le design final a été réalisé et depuis fin 2025, cette porte développée collectivement est devenue la nouvelle entrée de la Maison de l’Imagination Collective.

Phase 1 : L’arrière-bâtiment est prêt, et ce n’est que le début !

Un an après l’achat, la première partie des travaux est terminée, avec de nouveaux espaces partagés, des toilettes adaptées et une nouvelle cage d’escalier.

Chez Globe Aroma, rénover ne se résume pas à des briques. La rénovation elle-même est une recherche partagée : comment créons-nous et utilisons-nous les espaces ? De la porte aux toilettes, de l’accueil à la cuisine : chaque élément est repensé collectivement. Nous ne construisons pas seulement une maison, mais des façons de vivre ensemble. Une maison pour l’imagination collective.

En mai 2026, nous ouvrons doucement la (nouvelle !) porte. Venez voir ce qui existe, et continuer à imaginer ce qui reste à venir.

Phase 2 : la prochaine étape ? Économe en énergie et robuste face au climat !

L’arrière-bâtiment a déjà été largement rénové. À partir de 2027, nous franchissons une nouvelle étape avec une rénovation énergétique ambitieuse, afin que le bâtiment puisse continuer à fonctionner durablement. L’enveloppe extérieure est traitée en profondeur : avec une isolation des murs extérieurs, une nouvelle isolation de toiture et des lanterneaux, et l’installation d’une pompe à chaleur. Un nouveau système de circulation permet un usage plus flexible et améliore l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite.

Et imaginez : vous franchissez le portail et vous vous retrouvez dans une cour plantée au milieu de laquelle se trouve une scène. Derrière de nouvelles portes vitrées, vous apercevez un salon feutré et un accueil qui a pris forme à travers un processus de conception collectif. Plus loin, une cuisine ouverte vous attire, où les odeurs et les conversations se mêlent lors de petits ou grands événements. En face, une tribune vous invite à vous reposer, à bavarder, à vous retrouver autour de ce qui est préparé. Un ascenseur et un escalier, tissés dans la tribune elle-même, vous amènent au premier étage, vers les artistes dans leur atelier.

Cette phase demande à nouveau du temps, du soin et des moyens, et nous continuons à construire avec des partenaires qui souhaitent porter et rendre possible ce parcours.